Mardi 7 avril 2009 2 07 /04 /Avr /2009 17:57

Allez hop, un peu de points positifs…

 

Pendant ces deux petits mois…,

Je suis allée à l’hôpital psychiatrique presque tous les jours de la semaine pendant un peu plus d’un mois.

J’ai fait plein d’entretiens en suivant particulièrement deux malades tout au long de leur hospitalisation.

J’ai réussi à surmonter l’horreur de la psychiatrie à Madagascar (très différente de la psychiatrie en France).

Je ne pleure plus en rentrant le soir à la maison. (Par contre la salle d’isolement, et les cris, et les agitations des personnes à l’intérieur me rebutent toujours).

J’ai saisi des opportunités, des rencontres hasardeuses qui m’ont beaucoup apportées.

J’ai rencontré des anthropologues malgaches sympas, encourageants et compréhensifs (contrairement à l’année dernière).

Je me suis levée plusieurs dimanches avec le soleil pour aller « bosser » sur le terrain malgré les courbatures ou autres désagréments physiques.

Je parle suffisamment malgache pour chopper les mots et les expressions qui m’intéressent (genre « mpifoka ny rongony », « adala », etc…) et pour me débrouiller au marché, dans les taxis, pour demander mon chemin, etc…

J’ai donné deux fois par semaine des cours de français aux jeunes du centre NRJ qui m’ont aussi apporté des infos sur mon sujet d’étude.

Ah aussi, j’ai réussi à faire du terrain malgré un coup d’état, des barrages, des manifestations, des coups de feux et une psychose ambiante très fatigante !

 

Pour finir, faire un bon terrain en anthropologie ce n’est pas forcément le faire à la campagne.
Il y a beaucoup d’anthropologues qui bossent dans des zones urbaines dans le monde et même des zones urbaines en France…

Il faut arrêter avec tous ces pauvres clichés.

L’anthropologie est une science qui s’adapte.

Encore faut-il que ceux qui n’y sont pas formés le comprennent.

Par Pierrine - Publié dans : anthropo
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Mercredi 1 avril 2009 3 01 /04 /Avr /2009 10:40

Pour une fois, j’ai « travaillé » le week end dernier.
Je ne suis donc pas partie me promener en province, faire la fête et dormir dans un super hôtel avec mes amis vazaha, mais je suis allée à la montagne sacrée d’Ambohimanga (qui signifie « colline bleue »).
Jhonny, un malgache qui a fait des études d’anthropologie, m’y a emmené. Il y avait aussi une copine de mon ancienne promo de Lyon qui était sur Tana quelques jours avant de repartir en France (elle a fait son terrain de M2 à Madagascar, dans la campagne).

 

J’ai appris plein de choses : ce que ça faisait de tomber dans une rizière et de risquer d’attraper la bilharziose, comment le riz poussait (ne vous l’êtes-vous jamais demandé ? It’ll blow your mind !), et la douleur générée par des coups de soleil.

 

Nous avons marché (enfin escaladé des escaliers de terre) pendant plus d’une heure, sous le soleil des hauts-plateaux pour atteindre les autels où sont faites les offrandes aux ancêtres. La pièce de quelques mètres carrés dans laquelle nous nous sommes posés était infestée de guêpes, à cause du miel et des bonbons versés en offrande sur les « pierres levées ». J’ai habituellement une peur phobique des guêpes… Mais là, assise, pieds nus, sur une mini banquette, à côté du joueur d’accordéon, devant cet autel, derrière les gens venus faire des offrandes, je n’ai pas bronché. Je n’avais même pas remarqué la nature des insectes qui volaient. J’étais tellement fatiguée par la marche, j’essayais tellement de retenir tout ce que je voyais et ce qu’il se passait, que je n’allais pas sortir en courant après avoir enfin atteint ce but. L’ambiance était apaisée, les ancêtres étaient peut être avec nous.

 

La vue était magnifique. On apercevait au loin Tana, dans un nuage de pollution, les rizières dans la vallée et, sur le flanc de la montagne, d’énormes pierres arrondies qui semblaient en avoir jailli et y être restée accrochées.

 

                                            Olivia et Jhonny (oui le "h" est bien placé)




                 Where we are going (le petit point blanc vers les grosses pierres)








                                      Tana, au loin, entre les deux collines




                     On émerge en quelques endroits de la forêt dense



Par Pierrine - Publié dans : anthropo
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Mardi 31 mars 2009 2 31 /03 /Mars /2009 13:30

Et bien non !! Que nenni ! Elle ne l’est pas.

Pour continuer la chronique « crise politique », et bien c’est toujours la merde.

Le pays sombre mais tout le monde ne s’en rend pas compte.

Andry Rajoelina a fait libérer la quasi-totalité des prisonniers politiques mis en prison par Ravalomanana. Les communiqués se suivent et se ressemblent. Aucun pays ne reconnait l’actuel « chef du pays » comme le président officiel.

 

Les pro-Ravalo et les anti-TGV descendent dans la rue. Tous les jours, à Analakely, en centre ville, ça se fritte, des gens se reçoivent des balles (réelles cette fois ci), les bombes lacrymo pleuvent.


                                            manifestations en centre ville - (photo topmada)

C’est du pareil au même. Rien n’a changé, le danger est tout aussi présent qu’avant. Le seul truc qui change, c’est le fait que l’on soit habitué. Je n’ai plus peur de sortir de la maison. Je n’ai plus peur de faire tout ce que je dois faire. Je ne me limite plus. Il n’y a plus de psychose.

 

La guerre, la violence, c’est comme tout le reste. Plus on la côtoie, plus on s’y habitue. L’être humain est naturellement adaptable aux situations qui l’entourent. Bien sur on ne l’est pas tous de la même façon.

Le pire est à venir, mais je ne le verrai très certainement pas, je pars dans 2 semaines.

Par Pierrine - Publié dans : la crise!
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Mardi 31 mars 2009 2 31 /03 /Mars /2009 13:18

Je ne vis pas avec la population que j’étudie.

Je suis dans une grande ville.

Je vis avec des vazahas.

Je vis dans une grande maison, où il y a une cuisinière et un jardinier.

Il y a de l’eau courante, de l’électricité, la télé, la cuisine au gaz, des canapés, de la nourriture.

Si je ne me déplace pas pour aller sur « mon terrain », je ne fais pas de terrain.

Quand je rentre le soir à la maison, je laisse « mon terrain » derrière moi.

Je ne parle pas bien la langue de la population du pays dans lequel je suis (pas au point de pouvoir faire des entretiens ou bien de raconter ma journée).

Je ne travaille pas aux champs, je ne prépare pas le manioc sur le feu de bois avec la famille.

Je fais partie du monde des blancs.

Souvent, je pars en week end en dehors de la ville en transport privé.

Je vais au resto, avec des vazahas, je sors dans les bars, dans les boites.

Je n’ai pas d’amis proches malgaches.

Je dépense parfois en quelques jours l’équivalent du salaire minimum malgache (= 24 euro).

 

Comment être anthropologue sur un terrain où je n’en fais pas vraiment partie ?

Comment se définir en anthropologue quand je vis en vazaha, en expatrié ?

Comment espérer faire de l’anthropologie alors que je vadrouille entre deux mondes sans pouvoir les faire se rejoindre ?

 

Questionnements existentiels…

C’est en se posant ce genre de questions que l’on peut prétendre avancer un peu plus loin. Enfin il me semble.

Les points « positifs » de mon terrain, ce sera pour plus tard

Par Pierrine - Publié dans : anthropo
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Samedi 28 mars 2009 6 28 /03 /Mars /2009 21:43

Dans les pays occidentaux, les « pays développés », on la cache, on la fuit, on la répudie. On l’exclue, on l’enlève de notre vue, de notre vie. Dans les parcs publics, on la planque sous un joli duvet : la pelouse. Dans les lieux publics, on l’enfoui sous un revêtement qui ne s’effrite pas : le goudron. En ville, elle est synonyme de saleté, de rusticité, de campagne, de chantiers, d’inachevé…


A Tana, capitale de Madagascar, la terre rouge est partout. Elle est route, elle est trottoir, elle est sol des maisons, elle est cour, elle est banc, elle est dans les poumons…
Elle n’a cédé au bitume que sur quelques centaines de kilomètres. Elle est indissociable d’une vie. Elle ne peut disparaître.


Tana, de terre elle a été, de terre elle est, de terre elle restera.


Par Pierrine - Publié dans : la vie, la ville, les gens
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